Salon de Provence, le 17 avril. Les phases finales du Championnat de France Militaire sont organisées par l’armée de l’Air au stade Roustan,

en ville, à quelques coudées du club de rugby à treize bien connu et à
quelques centuries de plus de l’Ecole de l’Air, sur la base aérienne 701.
Nebulosité 1, pression 1015 hPa, vent 10 Nds faiblissant, température 18°, les conditions « CAVOK » sont réunies pour que le RCMN prenne son envol dans de bonne conditions. Seule réserve sur le terrain de roulage : il est synthétique. S’il permet de courir vite et tenir sur ses appuis, les retombées au sol sont plus brutales que sur un terrain traditionnel.
Une nouvelle fois, la marine est opposée à la Gendarmerie.
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Après que les joueurs de la petite finale aient quitté le terrain sur la victoire de l’armée de Terre contre l’Armée de l’Air, le coup d’envoi est sifflé à 16h45. La gendarmerie engage et à la retombée du ballon dans le camp du RCMN, un gendarme se blesse sérieusement avec une rupture des ligaments croisés.
Cinq minutes d’arrêt de jeu. Ce dernier reprend et voit une belle phase offensive des gendarmes dans les 22 m de la marine. La défense est solide et après une grosse intensité devant les poteaux, le jeu se déplace sur l’aile mais laisse un joueur au sol, conscient mais qui ne bouge plus. Le jeu est suspendu à nouveau. Médecin et infirmières sont aux côtés du joueur blessé, un goutte à goutte est mis en place, les minutes s’égrènent, 15, 20, 30 minutes,… Nous comprenons que l’état du joueur nécessite une évacuation médicalisée. Les pompiers arrivent 45 minutes après l’incident, à deux VSAV, le second prenant en charge le premier blessé que l’inquiétude et l’attente pour le second avaient presque fait oublier.
Après 50 min d’arrêts de jeu (!), le match reprend dans des conditions moins favorables, l’équipage RCMN est désormais lestée d’un préjugé de jeu dangereux même si les actions avaient été régulières.
 
Avec des fourmis dans les jambes les deux équipes développent malgré tout leur jeu. L’affichage du tableau se débloque avec une pénalité des gendarmes sur hors-jeu des marins puis une égalité sur pénalité en faveur des marins après une faute en mêlée ouverte (3-3). Au quart de jeu, les gendarmes franchissent le rideau défensif des marins pour aplatir derrière l’en-but après une très belle phase offensive. L’essai transformé porte le score à 3-10 en faveur des gendarmes. Les avants du RCMN continuent leur travail de sape et leurs arrières font bien circuler le ballon qui n’avance pourtant pas en terre promise en raison d’un trop grande nombre de fautes de main et d’une défense gendarmesque bien organisée et qui glisse parfaitement sur les déplacements du ballon dans la largeur du terrain. En milieu de période, Jimmy Peuchaud sur un geste réflexe se fait sortir dix minutes pour anti-jeu, 3 minutes plus tard, le deuxième ligne, Alexandre Fernandes-Lima, prend un carton jaune pour jeu dangereux (?) dans le ruck avec, à la clef, une pénalité transformée (3-13) Le RCMN devra jouer sept minutes à 13. Nos garçons sont vaillants, la puissance physique qui leur avait fait défaut contre les Brits est bien présente cette fois. Mais l’aéronef ne décolle toujours pas.
Les espoirs fondés sur la courte pause sur place sans retour aux vestiaires sont récompensés. De retour à 15, la vivacité et la fluidité auxquelles le RCMN nous avait habitués s’expriment et conduisent à un très bel essai du centre Luca Cutayar. Transformé, il rééquilibre le score (10-13). Les fautes passent du côté gendarmes qui se font sanctionner à deux reprises sur des mêlées ouvertes. Le RCMN prend l’avantage (16-13) pour la première fois de la partie. Puis se font rattraper par une pénalité (16-16). Tout espoir est permis avant qu’à la 60ème, l’arbitre ne sorte un carton rouge après qu’un joueur de la gendarmerie vienne se plaindre d’avoir été mordu dans la mêlée. Antoine Lerouge, le talonneur qui avait fait son entrée cinq minutes auparavant, en fait les frais, sans comprendre ce qu’il lui arrivait au terme de ce qui allait devenir ses cinq dernières minutes jouées avec le RCMN. Quand on connaît sa puissance et sa gentillesse, on lui fera grâce de croire sa triste affirmation exprimée dans un souffle « je n’ai rien fait… ». C’est le tournant du match pour nos marins rugbymen frappés par le sort malgré leur engagement, leur puissance et leur volonté, en bref, leurs qualités pour faire face. A tel point qu’ils reprennent l’avantage sur une nouvelle faute des gendarmes en mêlée ouverte (19-16). Nouveau coup au moral, pourtant fort, Dorian Lucy prend un carton jaune sur son excellent vis-à vis pour plaquage à retardement, pris dans le mouvement mais sans malveillance ni brutalité. Le N° 10 met plusieurs minutes pour reprendre ses esprits et les marins finiront à 13. C’est ainsi que submergés à force d’attaques répétées de la gendarmerie dont le niveau de jeu reste très bon, ils prennent un essai (19-21). Toujours à 13 mais avec une condition physique inébranlable qui les pousse à 3 min de la fin à enfoncer la mêlée adverse dans ses 22 mètres ; le ballon est alors récupéré par l’équipe adverse, également dans des conditions irrégulières, selon les marins, mais l’arbitrage en juge autrement.
Score final 19 à 21 en faveur des gendarmes à nouveau sacrés vainqueurs du CFM. Bravo à eux et tous nos vœux de rétablissement aux deux blessés.
Au bilan, il est incontestable que le niveau de jeu des équipes militaires s’est élevé jusqu’à rattraper le nôtre. Nous n’avons pas eu de trou d’air mais le niveau de vol était insuffisamment élevé pour se sortir des turbulences à basse altitude. Inconsciemment, le staff et les joueurs de la prochaine saison ont déjà en tête (je peux en témoigner pour l’avoir ressenti à l’agréable réception d’après-match offerte par l’Armée de l’Air au mess officier de la base aérienne 701) une maxime d’un aviateur emblématique, Antoine de Saint-Exupéry, auquel il est de circonstance de laisser le mot de la fin  « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible ».