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Après 6 années de succès à la tête des filles du RCMN, l’entraîneur Benjamin Chalutaud passe la main à son adjoint Philippe Rotella.

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Joueurs et entraîneurs n’ont pas souvent l’occasion de choisir leur sortie. Bien souvent, l’usure du corps ou de l’âme précipitent les fins de mandat. Benjamin avait 2020 comme horizon, mais début juin à Cherbourg, l’entraîneur des filles du RCMN a trouvé une occasion en or pour tirer sa révérence : une victoire 12-10 contre la British Army lors de la 2ème édition du Challenge Violetta Szabo.

« Le dernier match contre la British Army, c’est ce qu’on a vécu de mieux dans mes 6 années au RCMN sur le plan émotionnel. Je ne peux pas oublier les 15 jours en Australie où on a réussi à ramener le trophée. Mais contre la British Army – le plus haut niveau du rugby féminin militaire - c’était au-dessus », raconte Benjamin, pour qui les circonstances de cette victoire illustrent bien les difficultés et les réussites d’un entraîneur :
« On était 18 sur la feuille de match, on a eu une blessé à l’échauffement et les filles ont tenu 80 minutes et même plus à 15. Je n’ai même pas fait mes deux remplacements. On perdait 10-7 à quelques minutes de la fin et là, j’ai vu un esprit de rébellion. C’est notre cohésion qui nous a permis d’arracher la victoire. Je n’ai eu aucun regret d’annoncer mon départ à l’issue de ce match. Le rugby dans la marine c’était une super expérience humaine”

Pour Benjamin, le rugby c’est la grande passion de sa vie, et ce depuis tout petit :
« À La Rochelle où j’ai grandi, c’est soit la voile, soit le rugby ! J’ai eu la chance de faire toutes mes classes au Stade Rochelais. Je suis de la même génération que Jean-Baptiste Elissalde (actuel entraîneur adjoint du XV de France). On s’est suivis jusqu’en juniors. Il y en a un qui a un peu mieux réussi dans le rugby ! »
sourit Benjamin, qui a évolué aux même postes (9 ou 10) que l’international Français. 

Engagé dans la Marine en 1997 à tout juste 20 ans, Benjamin Chalutaud, formé à Maistrance, a passé 15 ans dans le circuit embarqué. Avec 5 années sur le Charles de Gaulle pour clore cette période. Malgré une carrière de détecteur bien remplie, Benjamin n’a jamais coupé avec le rugby. Avant le RCMN, c’est d’abord le club de Saint-Mandrier qui lui a servi de passerelle entre la Marine et le rugby.

« Saint-Mandrier est un club atypique car il y beaucoup de marins. Tous les rugbymen de la Marine se connaissent. Je suis arrivé en tant que joueur en 1999, et petit à petit, on m’a proposé le poste d’entraîneur joueur. Il y a une équipe féminine à Saint-Mandrier, mais je ne l’ai jamais entraînée. Et puis évidemment, j’ai joué avec le RCMN. »

En 2013, le regretté Stéphane Larrodé quitte son poste. Lors du premier rassemblement à Brest, Éric Georges, l’entraîneur principal se retrouve tout seul au milieu d’une trentaine de filles.

« Quand Éric est revenu, il m’a demandé d’intégrer le RCMN : c’est comme cela que l’aventure a commencé pour moi. C’était en novembre 2013. Je suis devenu entraîneur adjoint en charge des ¾. Je ne connaissais pas le rugby féminin comme coach. Je côtoyais l’équipe féminine de Saint-Mandrier pour quelques ateliers en commun, mais j’avais finalement peu de connaissances du rugby féminin. »

En parallèle avec un engouement croissant pour le rugby féminin en France le RCMN a continué son développement.

« Quand je suis arrivé il y avait déjà des filles de qualité, avec des contrats rugby, d’autres qui jouaient en équipe de France. Petit à petit on a eu de nouveaux contrats, on a su grandir. Avec un grand nombre de joueuses embarquées, leur disponibilité peut parfois poser problème. Mais en même temps, la meilleure des publicités pour le recrutement, ce sont les joueuses elles-mêmes au sein de leur unité, par leur réseau Marine Nationale. »

Benjamin et son staff sont aussi les garants de l’identité Marine de cette équipe pas comme les autres.

« On n’est pas une équipe de club : on est plutôt comme une sélection. On se retrouve 4 fois dans l’année, c’est particulier. On a les valeurs d’une unité embarquée. Quand on part en mission 3 ou 4 mois, il faut vraiment de la cohésion sur le bateau. Et ce qu’on soit 100, 200 ou même 2000 comme sur le porte avion. Quel que soit notre nombre, on retrouve toujours cette cohésion à chaque rassemblement. Elle fait notre force, on la retrouve sur le terrain. On mêle aussi bien des internationales, des filles aux portes de l’équipe de France que des débutantes… Et tout le monde se tire vers le haut !

Jusqu’à cette victoire à Cherbourg contre la British Army : une consécration.

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Benjamin Chalutaud laisse le RCMN entre des mains qu’il connaît bien : celles de Philippe Rotella, son adjoint depuis 4 ans.

« Je lui souhaite autant de bonheur que ce qu’on a vécu ensemble, et de continuer sur la même voie. Il sait que je serai là pour l’aider. J’espère qu’il aura les mêmes résultats sportifs. On a mis la barre assez haute : 10 victoires contre la Royal Navy. Maintenant on arrive même à accrocher la British Army ! »

Avec le passage du Brevet d’Etat d’entraîneur de rugby comme objectif, Benjamin Chalutaud vogue désormais vers un nouveau défi dans le civil avec les garçons… ou les filles !